Avant d'auditer un portefeuille de marques, j'audite une vision : le replay de la masterclass
Le 8 octobre 2026, Philippe Rodhain, conseil en propriété industrielle et mandataire européen, a animé en direct sur LinkedIn une masterclass consacrée à une idée qui guide aujourd'hui tout le travail d'IP SPHERE : avant d'auditer un portefeuille de marques, il faut auditer la vision qui l'a construit. Le replay est disponible ci-dessus. En voici l'essentiel.
Un parcours, puis une prise de conscience
Philippe Rodhain est entré dans la propriété industrielle en 1998, comme assistant juriste. Il est ensuite devenu juriste en propriété intellectuelle, puis conseil en propriété industrielle et dirigeant d'IP SPHERE. Il a exercé en France et en Australie, où il a découvert une pratique « très orientée business, mais toujours avec la technicité de notre métier ». Depuis 2010, il anime la commission Marques de la CNCPI.
En constatant que la propriété intellectuelle, pourtant décisive pour les entreprises, avait moins d'écho qu'elle ne le mérite, il a cherché du côté des métiers où la communication est un outil de travail. Il s'est formé au coaching professionnel dans une école accréditée par l'ICF (Fédération internationale de coaching). Une formation exigeante, qu'il qualifie de « transformationnelle », et dont il retient une conviction : l'humain est au cœur de la performance juridique de l'entreprise.
Le droit dit ce qui est possible, la vision dit ce qui est utile
Pendant cette formation, un participant reçoit une mise en demeure : on l'accuse de contrefaçon pour son logo. Le réflexe du conseil serait de partir sur la technique : depuis quand ce logo est-il utilisé, quels droits sont en présence, est-il original ? Philippe Rodhain pose d'abord une autre question : « Est-ce que ce logo est vraiment important pour toi ? » La réponse, une fois le stress retombé, est non. Le dossier se règle alors rapidement, sans joute juridique.
D'où la formule qu'il répète souvent : le droit dit ce qui est possible, la vision dit ce qui est utile. Une stratégie de propriété intellectuelle efficace, et durable, part de là.
Deux outils nés du coaching
Le coaching est parfois jugé « pas sérieux ». Philippe Rodhain ne cherche pas à défendre son sérieux, mais son utilité. Il en a tiré deux outils.
La Roue de la Marque™ transpose au droit des marques la « roue de la vie », un outil d'auto-évaluation classique en coaching : on y remplace les domaines de la vie par les aspects juridiques d'une marque. L'utilisateur évalue lui-même la situation de sa marque, en prend conscience sans avoir besoin d'être juriste, puis une phase de questionnement l'accompagne jusqu'à ses décisions et à son plan d'action. L'outil est en accès libre et gratuit sur le site d'IP SPHERE.
La Pyramide de la Marque™ s'inspire de la pyramide des besoins de Maslow. Elle est née d'un constat de terrain : en période de tension budgétaire, de plus en plus d'entreprises suspendent leurs renouvellements et leurs surveillances en se promettant de « reprendre plus tard ». La Pyramide les aide à faire le tri, en dirigeant, juriste, responsable financier ou de la communication, entre ce qui est vital, ce qui est essentiel et ce qui est ajustable. Philippe Rodhain la compare à un « casque anti-bruit » : elle permet de garder le cap au milieu de la cacophonie économique.
Avant d'auditer un portefeuille, auditer une vision
L'audit traditionnel regarde les marques enregistrées, les produits et services, les renouvellements, les territoires couverts, les risques de déchéance et l'adéquation entre les titres et l'activité réelle. Cette analyse technique reste indispensable. Mais un portefeuille de marques est, selon Philippe Rodhain, « la partie visible de décisions invisibles ». Comprendre ces décisions, c'est comprendre le niveau d'investissement accepté, la politique de défense, les arbitrages budgétaires, les stratégies d'extension à l'international et ce à quoi l'entreprise a renoncé. Autrement dit, la qualité d'un portefeuille n'est pas d'abord une question de droit : c'est une question de vision.
Les quatre axes de l'audit
La vision. Que représente réellement la marque pour l'entreprise : un actif économique et un levier de croissance, un outil commercial, ou un coût administratif nécessaire ? On ne protège jamais de la même façon une marque jugée vitale et une marque jugée accessoire.
Le rapport au risque. Un portefeuille de marques est un outil de gestion du risque, juridique, financier, concurrentiel et réputationnel. Certains dirigeants privilégient la prévention, d'autres l'économie immédiate. Les périodes de tension budgétaire révèlent ces arbitrages.
Les biais cognitifs. Ce sont des raccourcis que prend le cerveau, et tout le monde en a. Il ne s'agit pas de les supprimer, mais de les nommer pour prendre du recul. Philippe Rodhain en relève quatre qui reviennent souvent : l'aversion à la perte (on garde une marque parce que l'abandonner fait mal, pas parce qu'elle est utile), les coûts irrécupérables (« on a tellement dépensé pour l'enregistrer dans vingt pays »), le biais affectif (« cette marque m'est chère ») et, à l'inverse, l'excès de confiance (« nous, on ne peut pas se faire copier »). Un grand groupe le lui a résumé ainsi : à force de tout garder, il n'avait plus de budget pour lancer de nouvelles marques.
L'écart entre la vision et la réalité du portefeuille. Le portefeuille devrait être l'expression fidèle de la vision ; c'est rarement le cas. C'est dans cet écart que se trouvent les opportunités de croissance, les économies possibles et les risques à anticiper, à traiter par ordre d'importance pour l'entreprise.
Trois idées à retenir
Un portefeuille de marques est la traduction d'une vision : il faut commencer par elle, par le pourquoi, avant le comment.
Les décisions sont toujours influencées par nos biais. Quand on les nomme, on les identifie ; quand on les identifie, on en prend conscience ; et l'on peut alors agir en toute conscience.
L'écart entre ce que vous déclarez vital et ce que vous protégez réellement est votre meilleur indicateur de performance.
Et au-delà des marques
Interrogé pendant la séance, Philippe Rodhain a précisé que cette approche, construite pour les marques, peut s'appliquer aux brevets, aux dessins et modèles et à d'autres domaines du droit. Les outils du coaching, comme l'écoute active ou l'identification des besoins, sont d'ailleurs déjà au cœur de la médiation.
Pour aller plus loin
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